mercredi

* OSLO [2905-010611 ] .

22th STOP:
OSLO !


      Je suis dans le train depuis 8h33. Il est presque 15h. Escale a Göteborg. En moins de 12 heures, j aurai mis le pied au Danemark, en Suede et en Norvege. Je voisi en vrai les paysages que je n osais dessiner qu en reve. Le visage colle a la fenetre depuis des heures, je pleure en silence. J ai du mal a croire ce qui m arrive... Presque 4 mois que je suis partie, et a chaque fois, je me demande quand je vais me reveiller.

   Quand on voyage, la seule chose de sure est de s accrocher au moment present.

   Le train traverse la cote sud-ouest de la Suede. Des forets de pins, des plans d eau qui reflete le ciel, quelques petites maisons egarees dans un champ, l horizon qui n a pas de fin.... Je me sens etrangere soudain - et pourtant comme chez moi...

   La femme a cote de moi se trimballe un Tobleron de 2kg. Je me demande bien ce qu elle compte faire avec...

   Je reflechis a la suite de mon voyage. Rien n est clair encore. Je veux prendre des trains de nuit et apres, je me suis dit que je voudrais plutot voir le paysage. Mais, la nuit, au Nord, elle n existe pas...

   Dans la vie, je veux ecrire, aimer et voyager.
   Et quand je serai perdue, je trouverai refuge dans l Angoisse.

   Anker Hostel. Un peu dans un quartier glaque, mais proche du centre, cette auberge est plutot pas mal. Je suis dans un dortoir de 8 mais il n y a qu un couple d Espagnols qui ne sont jamais la. La douche fuit completement, mais ce n est pas grave, si ce n est que cela... je ne passe finalement qu une nuit ici au lieu de deux. J avais pris contact sur CouchSurfing avec un gars a Bodø et en realite, il a deux maisons: une la bas et une ici. Il m hote la deuxieme nuit.

   Je marche dans Oslo. Il est 22h30 et il fait encore un peu jour, mais froid, venteux, nuageux. La mer se dechaine sur les quais de Aker Brygge. Je retrouve les rures que deux vadrouilleuses avaient harpentes il y a presque deux ans deja. Et c est assez fou comme tout change sans pour autant changer.

   Dans les rues d Oslo, il y a des statues de mendiants. Pourquoi? Peut etre parce que les gens prennent le temps de les regarder, ces statues. Et ils ne voient plus les vrais mendiants.

    Finalement, j adore cette sensation de perdre le control, de savoir ou je vais sans savoir comment y aller, d attendre l ultime seconde, le coeur battant, pour comprendre quel chemin prendre. Des routes, il y en a chaque jour mille devant moi. Je n en prends qu une et je sais que c est le bon choix.

   Pour avoir une carte sim norvegienne, il faut etre Norvegien et habiter en Norvege...

   Ehsan le couchsurfer a fini par venir me chercher a l hote. Il est un petit homme plutot rondouillet et barbu, pas tres causant. On prend le bus. Il parle tout seul en silence. Je me demande un peu dans quelle aventure je me suis embarquee. on va acheter des tickets pour le bus dans un kiosk. Avec mon gros sac a dos, je fais tomber toutes les etiquettes indiquant les prix des marchandises. Il se baisse pour les ramsser et les ranger. En sortant, il me tend un snicker. Avait il prevu son coup en en glissant dans sa poche avant de venir me chercher? Ou les a t il achetes sans que la femme du kiosk ne lui demande de l argent?...
   Son appart est tout ce qu il y a de plus epure. Une cuisiniere, une armoire dans un salon avec un tapi et un rideau, une salle de bain, une chambre ac oucher avec un demi matelas par terre. C est tout. Il y a un ami a lui qui est la et qui ne serre pas la main que je lui tends. Ils partent faire du business que j ignore. Je vais seule en ville.

   Je me ballade longuement dans les rues. Je vais au cimetierre voir la tombe d Edvard Munch - un bloc de marbre avec sa tete, une dalle par terre avec son nom, quelques vieilles pensees un peu fanees. Je ne trouve pas celle d Henrik Ibsen. Tant pis. Je marche jusqu a la place Olaf, avec son etrange statue a structure metallique flottante. J ai de nouveau faim. Il n y a rien de vegetarien nulle part, pas meme au super marche, alors je me rabats sur le McDo pour un sandwich vegetarien comme il y en a en Suisse. La nana me regarde et dit: "Non y a pas. Mais si vous voulez, vous pouvez prendre n importe quel sandwich sans la viande, mais le prix sera le meme." Je ne sais pas qui se trouve la plus sotte entre elle et moi... Je trouve les Norvegiens un peu meprisants. Ou peut etre est ce de l humour?...

   De grands goelands osent marcher dans les rues, sans gene. ces gros oiseaux gris et blancs refletent la couleur d Oslo, rayee de bleu clair et fonce. Une ville froide et distante, a la beaute brumeuse dont j ai de la peine a cerner les rues qui m inspirent peu. J y retrouve surtout de bon vieux souvenirs partages avec Lesliana il y a deux ans...

   Le Parc Vigeland. Il me fait penser a un village peuple de corps de pierre, des corps figes, idealises, aux muscles saillants. Des statues dont j apprecie ecouter le silence secret. Qui sont ces gens? Que font ils? J observe leur visage. A travers leur anonymat, je decele les allegories de toutes les etmotions contradictoires qui ruisselent en l humain: la folie, la haine, la colere, le besoin de securite, le desir de plaire, la nostalgie d un vieux souvenir, le sentiment d aimer et d appartenir, en tenant la main de quelqu un qui regarde dans la meme direction. Toutes ces statues figees a un moment de leur histoire, qui ont tellement a narrer sur la nature humaine, tous ces corps enfermes dans la pierre qui n ont ni pudeur ni peur de leur popre nudite. Ces oeuvres en disent beaucoup... Et c est reposant de les admirer en leur inventant une identite, une histoire, une vie.

   C est assez contradictoire en fait. Je qualifie Oslo de "ville brumeuse!, la ou je n ai pas de grandes reponses a trouver, et pourtant, son opera et son parc sont deux des plus beaux endroits que j ai vus dans ma petite vie.

   L Opera d Oslo. Grand navire de pierre, de marbre, blanc, echoue dans l eau, en face du fjord. Il est beau de se ballader dessus, ressentir le vent, admirer le paysage urbain se meler a celui de la nature. Pour y aller, il faut traverser un pont qui enjambe deux semi autoroutes separees par un coin d herbe. Obnubiles par la decouverte de l imposant opera, personne ne pense a baisser les yeux et regarder ce qui se passe quelques metres plus bas. Peut etre n aurais je pas du baisser les yeux, parce que je savais quel spectacle je verrai: le mme que j ai deja vu il y a deux ans et qui m a rendue mal. Ce coin d herbe est le rendez vous de ceux qui en fume. Rien de bien surprenant, peut etre. Je manque de m evanouir a nouveau mais cette fois ci ce n est pas a cause de la vision d un type bleme allonge sur le dos, les yeux clos et ses copains junkies qui s agitent autour de lui, inquietes. C est a cause de cette grande aiguille qu un jeune homme a genou se plante dans le bras. Quand je repasse sur le pont pour revenir au centre, ce meme gars est toujours agenouille, replie sur lui meme a la maniere d une huitre dont la perle s est evadee quelque part ou personne n a acces, dans quelques eaux dangereuses et houleuses. Au dessus de ce spectacle desesperant car desespere, des gens se rendent a l opera pour prendre le soleil la journee ou apprecier une belle piece le soir, mis sur leur trente et un. Et personne ne fait attention. A nouveau, ce desespoir, cette desolation qui font partie du paysage. C est devenu un peu comme ces immeubles trop modernes qui se construisent et sement la polemique le temps qu eles gens apprenntent a les ignorer, pour cesser de se plaindre de l etrange absurdite du monde, sans reagir pour autant...

   Kaffebrenneriet. est une chaine ou l on peut boire du soi disant bon cafe. Bienvenue au Nord, Vioxymore!! Ton cafe-vanille-verre-d-eau va se faire autant rare que les plats sans viande (ou du moins ce qu ils prennet pour de la viande...)

   Dans les kiosks a Oslo, il y a des panneaux interdistant les hold up.

   La Norvege se machinalise: meme dans les supermarches, pour payer, il faut mettre les pieces dans une machine qui rend la monnaie.

   En realite, Ehsan est Pakistanais. Alors apres sa priere du soir, il prepare de bons petits plats a base de legumes, avec du pain originaire de son pays. J adore! Son ami le gros mange avec nous et reste pour la nuit. Ehsan me laisse sa chambre, et eux, ils dorment par terre, le gros en ronflant comme un porc, l autre tout habille.. Etrange tableau.

   Le lendemain, Ehsan et moi partons ensemble prendre un train, et puis un bus, pour aller dans un centre commercial trouver un de ses amis musulmans, puis repartir pour prendre un autre bus puis encore un autre et se retrouver je ne sais pas ou dans Oslo dans un magasin ou il achete un appareil photo numerique... qu il m offre!!! Il avait pitie de me voir toujours a l argentique, alors il m offre un appareil photo numerique, alors que je le connais depuis 24h... Le monde est bien fait.

   Munch Museum. Edvard Munch est un peintre norvegien tres connu (1863-1944) notamment grace a son tableau "Le cri". Ses oeuvres sont tres travaillees, avec une belle palette de couleurs qui se melangent et se confondent en harmonie decalee. Les personnages sont comme des ombres aux traits du visage suggeres, qui se glissent et se fondent dans les couleurs du paysage. Une salle est reservee aux oeuvres d une serie nomee "The Frieze of Life!, abordant particulierement les themes de l amour dissout dans la jalousie furieuse et devastatrice. D autres themes recurrents dans le travail exceptionnel de Munch, surtout a travers ses lithographies, woodcuts et intaglio, sont la maladie (a cause de la mort precose de sa mere et sa soeur, atteintes de tuberculose) et la solitude immense et envahissante. Munch peint la mort dans l amour et l a mour dans la mort. J adore son travail, je m y reconnais un peu, entre ces couleurs angoissantes et ces personnages perdus et tristes, qui ne savent pas tellement ou ils vont. Les sujets sont glauques a mourir, parfois - mais rendus encore plus beaux grace a des textes qui accompagnent certains tableaux. Et enfin, je vois "Le cri". Devant mes yeux, ce fameux tableau surprenant decline en tellement de versions et objets commerciaux.... Et la, je la vois, cette oeuvre qui a rendu mondialement celevre le Norvegien torture. Je reste un bon moment devant le tableau, sans comprendre comment m en defaire. Beaucoup de choses se passent alors en moi, mais les mots ne peuvent plus etre utiles pour decrire ce ressenti. C est une Oeuvre de Larmes, sauf que cette fois ci, elles coulent rellement le long de mes joues. C est la vision de ce cri silencieux qui cree mon Angoisse rassuree, ce complexe d attraction-repulsion qui me donne la nausee et pourtant me fascine jusqu aux frissons. Quelle etrange sensation de ne pouvoir se defaire de l observation d un tableau suis puissant en emotions!!...

   Ehsan m emmene en ferry sur la presqu ile Bygdøy pour voir le Frammuseet. Ce musee est consacre au bateau polaire Fram.  Il z a une reconsitution de ce bateau grandeur nature que l on peut visiter. Incroyable.... J ai l impression d y etre. Il ne manquerait plus que de mettre les voiles et partir a la decouverte du grand Nord... Sur les murs, de vieilles photos en noir et blanc. Dans les cabines des navigateurs, des objets inuits, ustensils de docteur, de dentiste, medicaments et ossement et peaux d animaux...On voit les machines, au coeur du navire, et la cuisine, pres de la salle commune. Je les imagine, ces marins, ivres sur leur banquette, le soir, pour oublier le froid qui les tenaille... Tout autour du bateau, il y a des recits de voyage, des fragments des journaux de bord de Nanson le premier explorateur a avoir atteint le Groenland avant de construire le Fram. Des recits d Amundsen sont aussi exposes, lui ui est le premier a avoir atteint le Pole Sud. Le musee est agremente de superbes photographies d epoque, en noir et blanc, montrant des populations inuites decouvertes lors des explorations.

   On rentre en soiree, pour manger. Et puis on revient a la gare, avec toutes mes affaires, pour monter dans le train de nuit pour Trondheim. Il me salue  en me faisant la bise et s en va.

   Train de nuit. Le soleil se leve vers 3h. Des femmes voilees caquetent desagreablement. J ecris. Je reve. J ouvre les yeux, je perds la voix. Le controleur me parle mais je ne comprends pas. Je suis submergee par le paysage a couper le souffle qui me rappelle l Ecosse. Le train s arrete dans de petites gares adorables, au milieu de nulle part. Il ny a rien, sauf de longues etendues silencieuses entre les colijnes et les montagnes au sommet enneige.

NEXT STOP:
TRONDHEIM !  

mardi

* TRONDHEIM . [ 01-050611 ] .

23th STOP :
 TRONDHEIM !


   Meme avec un retard de quinze minutes au depart, les trains norvegiens arrivent a l heure.

   Trondheim... Ma belle Trondheim... presque deux ans que je t ai quittee. Et me revoila enfin ! Antichambre du grand Nord... Tu es la porte a ce que j attends d explorer depuis longtemps.

   Trondheim... Je suis a Trondheim...

   Trondheim n est pas envahie par les pigeons, mais par les MOUETTES!

   Les Norvegiens n ont presque jamais de cash sur eux: ils paient tout par carte de credit.

   Il y a deux ans, en juillet, mon coeur s est declare vagabond au moment ou il a franchi les portes de cette ville. J etais avec Lessy, grande amie du voyage aussi. premier voyage interrail. Premier voyage seules avec soi meme. Je me rappelle, nous etions a Oslo quand nous avons decide d aller a Trondheim. Juste parce que "ca sonnait bien!". Un train qui nous a bringuebalee violemment jusque la bas (is it normal?!) Et la decouverte de cette ville haute en couleurs. Je me rappelle, nous avions une auberge dans un centre etudiant avec son bar, le Edgar. Arrivees la bas, on s est juste demandees comment on allait rentrer en Suisse depuis cette ville qui est l ultime coin de civilisation avant que la nature ne prenne le dessus en Norvege. On a passe du temps sur l ordinateur de l auberge, comme deux desesperees que le voyage a fait extremement douter. Et soudain, il s est passe quelque chose d etrange. Juste un homme, a cote de moi, qui ma  parle en francais. de quoi? Je ne suis pas capable de m en souvenir. Mais de banalites, je presume. Un peu d humour, j imagine. Il m avait promis une biere le lendemain car le travail l appelait a ce moment la. Alors le lendemain, Lessy et moi etions fideles au poste.
   Il s appelait Pierrot, il est Francais. Il nous a presente a Phil, Francais et Norvegien (et une autre ribambelle de nationalites). On a bien rigole, tous les quatre, on a passe notre soiree a boire du vin rouge jusqu a se retrouver la tete a l envers avec des Norvegiens qui se demandaient ce que le mot "compliqué" signifiait. Et Pierrot et Phil nous ont juste propose de sauver un peu de notre argent en restant dormir chez eux.
   Deux filles. de 17 ans. Qui rencontrent deux gars. Un tooout petit peu plus ages. Dans un pays qu elles ne connaissent pas. Et la confaince, alors? Serait ce  d une naivete exageree de faire confiance a leur sourire et d aller chez eux?

   J imagine qu il faut parfois savoir prendre des risques. Et puis, n oubliions pas que la vie est bien faite, quelque part...

   En realite, nous avions loge un certain nombre de nutis chez eux. et ce qui s est passe me semble etre de l ordre de la Beaute simple et pure. Une amitie reelle s est construite en quelques temps entre ces deux lascards et ces deux innocentes. Un partage, une confiance. Quelque chose de beau, voyons! Avant que le vent ne tourne et ne nous renvoie en Suisse. ("Lessy, on est paumees, on fait comment pour rentrer? - JE SAIS! On a qu a rester en norvege!")

   Et me revoila. deux ans plus tard. J arrive tres tot a Trondheim. Donc je pose mon gros sac a dos dans al consigne de la gare et je marche, en suivant mon instinct qui me guide a travers des bribes de souvenirs pourtant si clairs. Mais je suis presque dans un etat second, une telle situation qui surpasse la fatigue que meme un vioque qui eternue me fait sursauter.

   Vår Frue kirke. Petite eglise toute mignonne dans les tons bleus et blancs, aux peintures et sculptures doucement colorees. Des gens servent du the et du cafe pour des pauvres.

   Ni Darosdomen. Tres belle et impressionnante cathedrale construite sur la tombe de Saint-Olaf qui a bati la ville. En entrant, elle est tres sombre, ce qui donne tout de suite un aspect assez glaque. Mais au fur et a mesure qu on s avance, il est aise de remarquer que ce manque d eclairage n est la que pour renforcer la luminosite des vitraux magnifiques, aux fins details et aux couleurs chatoyantes.

   Cafe La Belle. Petit bistrot banal qui fait de merveilleux et gigantesque falafels.

   Avec le prix d un falafel en Norvege, on peut en acheter trois a Berlin.

   Je vois dans la rue une prof d ecole primaire qui se ballade avec ses eleves. Ils font la meme taille qu elle! Cette vision est assez comique.

   Le grand Shopping Mall de Trondheim est tout chou, car l interieur est comme un petit village. Chaque maison est un magasin amenage dans un immeuble tres grand et vitre.

   Marcher dans les rues arc en ciel et voila ma belle Trondheim. Celle qui sent le gazon fraichement coupe et le bois de sapin humide. Je marche et aussitot, les souvenirs deferlent a la maniere d une belle cascade de couleurs. Le pont avec l arche rouge, la terrasse flottante, les petites maisons colores qui se refletent dans l eau, le centre etudiant avec le cafe Edgar, la riviere qui coupe la ville avec un grand virage, le haut de la cathedrale qu on apercoit de loin.

   Trondheim Art Museum. Collection permanente, melant l ancien, le moderne et la photo d artistes norvegiens au premier etage et une collection privee au second "Sans og samling!, appartement a A. Holms et contenant une belle serie de Chagall. Ca fait du bien!! J ai dit a la receptionniste que j etais etudiante en histoire de l art. Et pour cela, j ai eu l entree gratuite...

   Kafe Ni Muser. Super cafe tres sympa pres de la cathedrale, mais hors de prix! (enfin comme toute la Norvege, en fait...)

   La Norvege est culinairement americanisee: le plat national est le kebab et la pizza surgelee.

   Phil me rejoint, tout desole d etre en retard. Quel bonheur de le revoir! Il a tant change, tout en restant le meme. On parle beaucoup de la Coree car il a eu le coup de foudre pour ce pays et il apprend la langue. Il me raconte son voyage la bas. On rentre chez lui a pied. Quelle chaleur qui m embaume de retourner dans cette maison d etudiante toute pourrie, dans laquelle j ai vecu tant de souvenirs. Pierrot et Phil n ont pas les memes colocataires qu il y a deux ans. La plupart sont etudiants, d apres ce que j ai compris. Mais alors... il faut les voir pour y croire.. Entre le camion poubelle qui fait cuire ses saucisses dans six litres d huile et Andre le Pathe qui parle en langage baleine et ne se lave tellement jamais qu on peut le suivre a la trace dans tout l appart.... Bref. C est une experience a vivre. Et ca donne des sujets de conversations plutot comiques!

   Je tombe plutot a pic, Phil donne un concert le soir ou j arrive. On va ensemble dans le cafe de l uni. Il n y a pas beaucoup de monde malheureusement, car visiblement la pub n a pas tellement ete faite... J y rencontre toute une horde de Francais qui sont ici a Trondheim soit pour un stage, soit pour Erasmus. C est assez etrange, finalement, de se retrouver perdue en Norvege avec tous ces Francais...
   Phil commence le concert. Il est seul sur scene avec uniquement sa guitare et sa voix. A nouveau, sa musique me donne la main pour m emporter tres loin, grace a ses brillantes compos et ses interpretations. Je reste carrement abasourdie. Il en a fait du chemin, en deux ans. Je le trouve vraiment doue et genial... Il m inspire beaucoup et je m evade. Je tombe carrement fan d une chanson qu il interprete du chanteur Tété, un chanteur francais qui manie la langue avec vertu.

   Apres le concert, on finit tous au Edgar. Je partage un reel moment incroyable avec tous ces gens que je ne connais pas, comme Anais, ivre apres deux verres de vin blanc imbuvable ("Si je vomis dans le taxi, je m en souviens pas!"), Clémence (" Tu sais que j ai une cousine qui s appelle Clémence? - Ah bon? - Mais en fait, c est past res interessant... - Si si! Ca l est!"), Benoit, qui me rappelle un ami philosophe que j ai perdu et avec qui je parle pendant des heures. Ca fait vraiment du bien, en fait, de rencontrer une fois de plus ce genre de personne avec qui je partage tellement d idees, d envies, de reves, de reflexions, et d autres dont les noms m echappent quelque peu (il y a meme un Valaisan, en realite!)
   et comme le veut la tradition, quand il n y a plus de vin dans les bouteilles, quand les gens du Edgar nous fichent a la porte, on rentre chez Pierrot et Phil manger des pizzas. Avant de sombrer dans un long sommeil.

   depuis le debut de mon voyage, je rencontre beaucoup de gens qui ressemblent a des gens que je connais deja.

   Le matin, Pierrot vient me chercher dans la chambre pour aller boire un cafe. Et on discute, en regardant les mouettes et les corbeaux se faire chasser par les grives. Ou va le monde? Meme les oiseaux se font la guerre. On parle de nos vies, de la politique, du monde qui sombre dans la decadence. C est pas grave, nous on est la, peut etre qu on s en sortira, au moins.

   Phil et moi regardons un film coreen, "Wedding Dress", triste a pleurer, qui narre l histoire d une mere cancereuse qui cree la future robe de mariee de sa fille de 6 ans sans qu elle ne le sache. Fin tragique (film asiatique, quoi), emotions fortes, super bande son, jeu surprenant de la jeune fille. tres fort. Tres beau. Pour se rafraichir un peu apres ce film, on regarde le sketch "Le cancer" de Dieudonne. Quelle oeuvre d humour! Incroyable qu on puisse rire de tout a ce point la.

   Les journees passent tranquillement. Chacun pour soi et chacun ensemble. Un cafe, une lessive, et on papote, on discute. On se ballade, on attend, on vit, simplement. Pierrot et Phil... Qui aurait cru? Deux ans plus tard. Moi seule vers eux. Rien n a change. Il y a toujours ce lien incroyablement touchant entre nous. Je les adore. Ils m aident beaucoup, peut etre sans s en rendre compte, dans mes reflexions, ma recherche de moi. En fait Phil est un peu comme un frere artistique, qui m inspire et que j inspire. Pour etre honnete, son concert m a donne envie de recommencer a jouer du piano, un beau reve que j avais abandonnee il y a bien longtemps. Il me donne aussi envie d ecrire tellement de choses...

   "Comment les mouettes font pour dormir s il fait tout le temps jour?
   - Elles regardent le fond de leurs paupieres."

   A Trondheim, c est possible de vivre les 4 saisons en un jour.

   Il grele. Et puis il fait beau. Et puis tout se refroidit. Et puis le vent se leve. On va en ville. Phil m emmene dasn un superbe cafe dont le nom m echappe. De jeunes artistes se donnent en concert. J adore! Phil et moi parlons enormement de beaucoup de choses. On parle de nos fantomes, de nos aspirations, de nos desirs de vivre de nos creations. Monde absurde et pas si facile, monde dont nous avons besoin car il est le notre.

   Le dernier soir, nous voulions tous se retrouver au Gossip, un club en ville, pour la soiree Erasmus. Malheureusement, je suis trop jeune (et oui, c est 21 ans...) pour rentrer, alors Phil, Pierrot, Clemence et moi allons simplement boire quelque chose au Pias, un petit bar sympa. IL ny a presque personne. Dans la rue, on regarde toutes les foules de jeunes qui deferlent, alcooliques. Aucune des filles ne portent de pantalons, elles sont toutes avec une jupe a ras les fesses. Je crois que n fait, quand ce genre de fille sortes en soiree, elles font le concours non de celle qui a les talons les plus hauts, mais de celle qui sait le moins marcher avec. Je ne sais plus si c est comique ou pathetique, de contempler une fois de plus ce spectacle desastreux. La nuit ne se couche plus. Alors les gens se soulent davantage.

   Je decouvre que j adooore le Gothique et le lila perse.

   Les vendredi et samedi soirs, a Trondheim, alors que tous les jeunes sortent pour se souler, les filles sans pantalon ni culotte, les mecs la braguette ouverte, marchant en zigzag dans les rues comme des animaux dans un zoo, les vieux de la vieille sortent pour patrouiller en groupe aupres de la police, et dissuader les jeunes de violenter, violer ou tenter.

   Quand le Pias ferme, on retrouve les autres qui sortent du Gossip. Anais doit prendre un bus pour l aeroport a 4h et quelques, alors on attend avec elle dans le Burger King. Elle a laisse ses affaires dans la consigne de la gare qui est fermee a cette heure ci... C est le stress! Mais je sais que tout s arrangera, comme toujours... Adrien (un de ses amis les plus proches) entre par effraction dans la gare avec Diane pour chercher ses affaires. Tout s arrange toujours, je disais... Anais s en va. Les adieux, toujours difficiles. On rentre en taxi chez Pierre pour que je prenne mes affaires, on passe chez Diane le temps de boire un cafe et je m en vais seule, apres les avoir salues, pour moi meme prendre mon bus.

   J avais des plans, j ai tout change. Mon instinct a hurle assez fort de ne pas aller a un certain endroit. La vie est assez bien faite pour me donner d autres solutions.


NEXT STOP :
MO I RANA !

* MO I RANA . [05-060611 ] .

24th STOP :
MO I RANA !
(L ultime avant de franchir le Cercle Polaire !)


   Le bus. Des heures qui passent comme des secondes. Le paysage est incroyable... Mon iPod est mort. Je m evade dans mes reves et par la fenetre.

   J arrive a Mo i Rana. Il n y a rien. C est dimanche. tout est ferme. Meme l office du tourisme. Meme la gare. Une fille m explique tant bien que mal ou est le restaurant Dolly Dimple's a Meyergårde pour que je retrouve mon nouveau CouchSurfer. Je vais me poser dans un parc juste a cote. J ai de la chance, il fait beau. Je flippe. Je ne sais pas ou je serai demain. Il est difficile de manager les choses au niveau des horaires entre les bus, les trains, le Routard et le carnet d horaire de la NSD. J appelle des auberges a Narvik. Aucune de libre. J arrive aps a atteindre celle de Kiruna. Je cherche un Internet Point. Comment faire quand c est dimanche dans une ville ou il n y a rien? Des gens me disent qu il ne savent pas, d autres me conseillent de tenter ma chance dans l hotel a cote du parc. J y vais. Ils ont des ordi a dispo gratuitement... J y vais, les horaires entre bus et train pour aller de Mo i Rana a Kiruna collent parfaitement. on dirait que tout a ete fait pour. J ecris a une auberge a Kiruna pour reserver. Tout est OK. Tout s arrange toujours. TOUJOURS.

   J attends en buvant un cafe. Je vais devoir arreter, ils sont infects. J ecris. Je vais voir le fjord encore ensoleille. Il y a de vieux touristes francais. Un vieil homme de la ville vient me parler, intrigue par mon gros sac a dos que ejt rimballe partout. Il me souhaite bonne chance. Je vais au restaurant de Dag-åre mon nouveau CouchSurfer. Il est adorable... Tout timide et gene. Une creme! Je mange une pizza geante (parce qu avec le discount qu il m a fait, elle etait moins chere qu une petite...) avec une salade. J emporte avec moi le reste de pizza que je na rrive pas a finir. Il y a plein de gens gros qui viennent manger, je ne comprends pas pourquoi.

   La nuit absente. Le temps qui passe. Le vent qui tombe. Le gens qui rentrent. Dehors le jour. Jamais la nuit. Les heures qui tournent. Sommeil en retard! Ou est mon lit? Je veux dormir. Dehors le jour. Jamais la nuit. Ele est partie. Reviendra pas. La fatigue vient. Le sommeil pas. Il fait trop jour. 3h du mat. Comme de l aprem. 3h du mat. Dehors le jour. Jamais la nuit.

   A 23h, je vais voir le coucher du soleil sur le fjord - la derniere fois avant longtemps. C est magnifique. Splendide. J ai du mal a y croire.

   Dag-are m offre une glace quand ila  fini son service. On rentre en voiture chez lui. Son coloc geek est la. Il fait tres jour. Je suis crevee. Au lieu de dormir, Dag-åre et moi parlons et riions. Je ne sais pas si c est la fatigue, c est presque de l histerie a quel point un rien nous fait eclater de rire. Il est vraiment genial et regrette que je ne reste pas plus longtemps. Je prends une douche et dors deux heures sur le canape. J emporte avec moi le reste de pizza. mais je n ai plus faim. Ce sera pour tout a l heure.

   Les Norvegiens en voiture sont tres polis: ils laissent toujours passer les pietons.

   Les maisons colorees en linteaux, typiquement norvegiennes, sont magnifiques.

   En fait, depuis Mo i rana, il est possible de prendre un bus pour aller voir la vraie limite du Cercle Polaire, symbolisee par un cube et une structure en metal. Je pensais qu avec mon passe interrail j aurai plus assez de temps pour aller jusqu a Junosuando en suede ou je dois wwoofer deux semaines. En fait, depuis Kiruna jusqu a Junosuando, le passe Interrail ne fonctionne pas. J aurais pu rester une nuit de plus chez Dag-åre et aller voir ce fameux point, qui etait en fait le but de mon voyage. Je l ai loupe. Finalement, ce n est pas tres important. Mon reve a moi, c etait de le traverser, ce cercle. Et de voir le soleil de minuit. Voila que j y suis presque.

NEXT STOP:
KIRUNA !

lundi

* KIRUNA [06-070611] .

25th STOP:
KIRUNA !


   Apres deux heures de sommeil, on se reveille et on part jusqu a la gare. Dag-Are m offre un savon. J ai pas compris pourquoi, mais j en avais justement besoin... Il me serre la main mais je lui saute dans les bras pour le saluer. j espre qu un jour je le reverrai. Il me dit que si je repasse par la, il faut que je lui dise et il m emmenera sur l ile de ses parents ou il a grandi.

   Le train arrive en retard. Je monte dedans. Musique. Je traverse le cercle polaire sans m en rendre compte. je suis trop fatiguee. Deux jours que je ne dors pas. Mais au moins, j aurais fait pour la premiere fois de ma vie deux vraies nuits blanches. Je change a Fauske pour prendre un bus et je change encore une fois. Le bus entre sur un bateau qui traverse la mer entre les fjords. La vue est incroyable.... J arrive enfin a Narvik.

   Les gaufres norvegiennes sont en forme de coeur, tres fines et molles. Un peu comme celles que ma grand mere faisait. Parfois, les norvegiens les fourrent au fromage.

   Les Norvegiens sont tres timides et modestes lorsqu il s agit de montrer leur maitrise de l anglais.

   Je marche dans Narvik pour aller de la gare de bus a la gare de train. Je demande trois fois mon chemin et les trois personnes me repondent gentiment, en prenant le temps de me regarder, puis de me repondre. Je trouve enfin la gare. Il n y a qu une voie et quelque chose comme 3 trains par jour. Je bois mon premier the en etant au dela du Cercle Polaire Arctique.

   Je vois un type manger du chocolat avec un amballage Migros Budget. Je me sens toute nostalgique, soudain.

   En Norvege, l ete, meme en dormant on fait des nuits blanches.

   Un vieux train entre en gard, avec du retard. Je monte. Je quitte deja la Norvege. Pour un pays que j attends de voir depuis longtemps.

   Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je voyage, en traversant les contrees desolees, ou seule la Nature a le monopole. Je realise mon reve geographique qui m emene voir le soleil de minuit, voir la nuit de jour. Ces montagnes, trop imposantes, semblent trop grandes, comme enfermee dans le rien. J avais besoin de partir, de voir autre chose, d aller au Nord car c etait on reve. Et me voila. Et je perds les pedales. Je flippe completement. je me rends pas vraiment compte de ce que j ai fait jusqu a present - tout ce chemin parcouru quelque part sur la surface de la terre, tout ce chemin a l interieur de moi meme... Et a present, j atteinds le sommet. Et je me demande pourquoi j ai fait cela, et surtout, qu est ce qui m attend? tout cela pour ca? Et maintenant?...

   j arrive dans la Jaune Kiruna. Cette ville est incroyable... Aujourd hui est le jour de la fete nationale alors tout est ferme, ce qui rend cette ville un peu fantome. La mnie qui lui fait face est imposante et temoigne du passe ouvrier important. Au loin, les eoliennes sur la colline. Le soleil ne se couche plus du tout. je vois le soleil et il est minuit. Kiruna, ville jaunatre a l atmosphere etrange, glauque mais sereine. je my sens bien, etrangement.

   Kiruna church. Magnifique eglise en bois recouverte d ecailles rouges, construite selon le model des huttes lappones. Je sens l odeur du bois, ca me calme. Malheureusement, elle est fermee.

   laguna. Sympathique restaurant ou je me requinque avec des steack vegetariens et des frites. En entree, du pain libanais avec du berre et des legumes coupes fins, blancs, dont je ne me rappelle pas le nom. J evite la salade verte tomates concombres, a cause de la bacterie...
  
   Je rentre a l auberge.

   Yellow house. Auberge tres sympa, tres maison communautaire. Le receptionniste est sarcastique et vraiment etrange. A dispo, une cuisine impeccable, des douches propres, un sauna. Je prends une chambre seule. Je dors comme une reine apres avoir profite du sauna.

   Le vent tourne deja.

   Je suis en Suede...

   NEXT STOP:
JUNOSUANDO !

dimanche

* 29th stop: JUNOSUANDO [ 07-220611 ] .

" When you kill a spider, it rains the day after . "
Sita K.

      Reveil difficile. J aurais pu dormir encore deux jours. Je me prepare et je pars. Je prends un petit dej dans un restaurant glauque, decored e tristes peintures sur les murs et de fontaines kytchissimes. Je mange du gateau aux fraises et creme et une specialite suedoise de couleurs verte et brune. Un delice! C est decide, j arrete le cafe. Je prends un the a la vanille a la place et ca passe bien.

   Dehors, il pleut des cordes. J ai traverse la ville avec ma pelerine qui recouvre tout mon corps et mon immense sac a dos. Je ressemble a une drole de variante de Quasimodo et les gens me regardent tres etrangement. C est pas grave, je ne connais personne et personne ne me connait.

   Je prends le bus. Je change a Vittangi et continue jusqu a Junosuando.
   Je dors un epu, avec ma musique. JE SUIS EN SUEDE!. Et ca va mieux.

  La Suede possede des charmes comme je n en ai jamais vu. Tout est si grand! Si seul! Des lacs un peu n importe ou, qui s imposent dans la vegetation nue et verte. Ce soleil, toujours present! La lumiere qui jette son voile de securite sur la terre. Le rapport avec la nature est flagrant. Elle est partout, rafraichissante, securisante. Je respire enfin. je me sens chez moi, dans cette immensite desolee, cette magnificience puissante...

   Dans le bus, j entends mon petit instinct qui me chuchote a l oreille. "tu verras, ici c est la derniere ligne droite avant que tu retrouves Lessy a Stockholm, tu vas avoir les dernieres reponses a tes questions."
   En analysant ces deux semaines passees avec de la distance, je me rends compte que j y ai vecu la plus grande periode de doute, de revelation, d horreur, de folie, de bonheur, de acceptation de tout mon voyage. J y ai surtout ete spectatrice de l horreur humaine. De toute cette folie qui ne parle pas mais qu on ressent profondement.

   J arrive a Junosuando, un tout petit village pres d une riviere. La premiere chose que je vois est une paire de chaussures accrochee a un cable electrique. Je repense soudain a la ville Spectrum, dans  "Big fish", la ville fantome dont aucun visiteur n en revient. Je suis venue ici pour travailler deux semaines dans une maison de retraite, qui n est pas une maison pour personnes agees comme je l avais cru, mais simplement un endroit pour se retirer, se reposer, reflechir,... Maya m accueille avec Sonya (2 ans et demi) dans les bras. Les yeux de cette derniere n existent pas. Je prends un temps avant de comprendre qu elle est aveugle. J entre dans leur maison.

   il y a des enfants partout en train de jouer. Je fais la rencontre de Uma (7 ans), et sa petite soeur Sita (5 ans). Les amies des soeurs sont curieuse en me voyant, tentent de parler anglais.

   Maya est canadienne. Elle a rencontre Mikael en voyageant en Inde (car elle a des origines indiennes). Elle est venue ici pour lui. Encore quelqu un qui quitte ses origines par amour... Je le rencontre aussi. Tres type suedois, peau claire, chatain, energique.

Aurora Guest House. La propriete de la famille est divisee en deux maisons: une rouge sur un etage et une jaune sur deux. Ils viennent de demenager de la maison rouge pour aussi habiter dans la maison jaune dont le deuxieme etage est pour les guests. J ai une chambre avec un lit double tres confortable a l etage et eux vivent au rez de chaussee, tous ensemble dans une meme chambre toute petite. Personnelement, je trouve cette sutation un peu malsaine. Enfin bref. Il y a un autre worker hollandais qui, lui, dort dans la maison rouge, dans une petite chambre ou sont entasses trois lits a etages. Le premier jour que j arrive, il y a deux guests suedoises a l etage, et Alison, une Americaine qui prend deux semaines en suede pour ecrire un livre. En realite, il y a aussi un autre guest, Anders, qui lui, dort dans le dortoir de la maison rouge, sans que je ne comprenne pourquoi... En d autres terme, en haut les femmes, dans le dortoir les hommes.

En fait, Maya et Mikael m expliquent que la douche a un probleme, et elle ne peut pas etre reparee. mmh.. il faut donc se laver dans le..  sauna. Ils possedent en effet un sauna dans le centre du village, a cinq minutes a pied. Petit chalet avec cheminee et canapes, puis petit sauna chauffe au bois. Il faut aller chercher l eau dans un puit juste a cote du petit chalet et le bois dans une hutte non loin du puits. Et voila, se laver comme ca, avec de l eau et du savon naturel, apres avoir pris un sauna... Tres rudimentaire, mais je me dis que c est une bonne experience, alors je fais abstraction... Ce qui est paradoxal est qu a l etage, il y a en tout 3 douches et une baignoire. Alison est l unique guest qui les utilise, puisqu Anders n est pas souvent la (en fait il travaille occasionnellement dans la region donc dort ici quand c est le cas, c est a dire pas tous les jours). Mais la famille ne veut pas "que les workers se melangent aux guests". J ai soudain l impression d etre un animal dangereux dont il faut se mefier, pour ne pas deranger ceux qi paient pour rester. Deux semaines sans douche. C est long. Maya et Mikael pretendent se doucher qu une fois par semaine, les enfants aussi. Comment est ce possible alors pour un homme de suer une journee entiere au soleil en travaillant, sans prendre de douche a la fin, et de pourtant sentir tres bon? Comment est ce possible pour des filles aux longs cheveux epais de les avoir toujours lisses et soyeux en ne les lavant qu une fois par semaine, dans le lac?... Bref. Ca c est pour la douche...

Au sujet de la nourriture. Oui parce que le principe du Wwoofing (travailler pour une world wide organisation in organic farm), c est de travailler environ 5 heures par jours avec quelques jours de conge contre un logement convenable et de quoi se sustenter. En fait, ils ne bouffent que des graines. Voila la raison de leur maigreur affolante... Ils se disent ovo-lacto-vegetarien mais ne mangent que des graines sous toutes leurs formes imaginables. Au moins, quand il y a des guests, ils preparent quelque chose de plus consequent a manger, et ils cuisinent vraiment bien. Mais tout cela, c est du faux. J imagine qu ils sont devenus vegetariens parce que la viande et le poisson coutent une fortune en Suede. Ce n est qu une facade, puisqu ils ne consomment meme pas eux meme du fromage vegetarien car il est trop cher et le reserve aux guests qui PAIENT, EUX. (oui, a cause de la presure prelevee dans l estomac des vaches pour mieux faire cailler le lait, les fromages ne sont pas tous vegetariens!! oui moi aussi je suis tombee des nues...) Donc voila. Regime de graines. Et le cycle du corps humain qui consiste a avaler, digerer dans divers tuyaux, ejecter, se bouleverse et coupe tout appetit.




Mon boulot consiste a faire la vaisselle. Maya me montre comment utiliser la machine, c est plutot simple. Mais des que je fais une erreur (ca arrive, non?), Mikael me tombe dessus avec son regard percant et je ne me sens plus vraiment a ma place. Apres polir les cuilleres pendant des heures, je tonds l immense pelouse en apprenant a jongler avec les moustiques et les buissons pour pas detruire le jardin potager. Sinon, je desherbe le coin des fraises, je passe l aspirateur dans toute la maison jaune, je fais du baby sitting. Ce qui me derrange, c est quand Mikael me dit de tondre la pelouse a un certain endroit et pas un autre, et que quand j ai fini et que je lui demande ce que je dois faire a present, il me regarde avec son sourire narquois et me tapote l epaule en disant "va te reposer, t as fait du bon job, c est bien, c est tres bien." Un peu l impression humiliante d etre un cabot qui a donne la patte a son maitre qui la lui demandait pour avoir une sucrerie. est-ce comprehensible?...

Mon petit echappatoire est de calculer le bon moment ou Alison la guest mange dans la salle a manger au bas de le scalier pour aller a l etage dans les chambres. Je passe au moment ou elle y est, murmure un joyeux "Bon appetit!" qui la fait toujours rire et l impressionne de ce Hasard que je passe toujours au moment ou elle mange. J apprecie beaucoup cette fille. Elle a un enthousiaste pour tout qui me fait plaisir. En realite, on trouve toujours un petit debut de sujet a discuter qui evolue en une conversation d une heure, sans voir le temps defiler. Elle me donne des trucs et astuces pour ecrire, me parle de son livre, de Jeff - son mari - il est avocat - , de ses experiences et je partage avec elle les diverses reflexions. Elle me fait penser a Emma Watson. Je le lui dis, d ailleurs, quelle a tout de cette Hermione. Elle n est pas tres branchee Harry Potter (elle est trop vieille pour avoir grandi avec) et me demande quel genre est ce personnage. Je lui explique qu Hermione est un peu celle qui se deboite le bras a chaque fois qu un prof pose une question. Alison rigole. C est tout a fait elle, quand elle etait a l ecole, m explique t elle en riant.

Mon autre echapatoir est d aller au lac, la pres midi. Generalement, j y vais avec la famille, en velo ou en voiture. L eau est froide! Mais ca reveille. Juste faire trempette quelques secondes, et revenir sur la terre ferme pour observer tous ces enfants qui jouent dans ce paysage magique. En effet, ce lac est borde de foret de pins, de feuillus denudes, avec le soleil en arriere plan, toujours constant, qui se parent de nuages comme un deguisement de fete. J ai parfois l impression d apercevoir un Moomin derriere un arbre.

Bon. Et si je vous presentais la famille, un peu? Pour rigoler... Ils ont tous de quoi  creer des personnages de film psychologique absurde.

 Tout d abord, je voudrais parler de Sonya. Elle regarde toujours le soleil, avec son oeil de verre blanc qui decele les ombres et la lumiere. Je suis fascinee par cet enfant qui est ne et qui a grandi sans jamais savoir a quoi ressemble le monde en images. Le monde, pour elle, ce sont des sons, des odeurs, des bruits, des sensations. Jamais elle ne saura a quoi ressemble le lac dans lequel elle plonge les pieds, , ni les arbres qui donnent cette odeur particuliere a la foret suedoise, ni la couleur du ciel teinte du soleil qui ne se couche jamais. L ete ou l hiver, pour elle, c est pareil: elle ne voit que le noir,.
La plupart des gens sont tres visuels. J en suis l exemple parfait, moi qui fini chaque phrase par "tu vois ce que je veux dire?". On a tous ce besoin de VOIR pour y CROIRE. Tant qu e l element doute n est pas entre dans le champs de vision, impossible de croire que c est vrai. Personnellement, j ai beaucoup besoin d images, de metaphores, de couleurs pour m exprimer et comprendre. Si un jour j avais a perdre la vue, que ferais-je? Pourrais je encore me sentir en securite? Ou pourrais je enfin developper mon Instinct de la maniere la plus optimale?
C est en observant Sonya que je me rends compte a quel point la vue est essentielle et constamment stimulee par la societe de nos jours, avec la pub, les arts qui se developpent, la television... Est ce qu etre aveugle est vraiment etre infirme? Quand j observe le comportement de Maya et Mickael vis a vis de Sonia, je me dis que non, elle doit juste s adapter. Ils la laissent comme cela, au milieu du chemin, meme quand elle pleure, ils agissent comme si elle avait des yeux, ils ne vont pas la couvrir de baisers pour la calmer tout de suite, ils vont attendre qu elle s arrete toute seule. Bien su, un enefant aveugle est bien plus sujet aux dangers que les autres, pace qu il n a pas la capacite de VOIR et donc de PREVOIR ce qui pourrait arriver. Mais le lasser face aux eventuels dangers et le laisser se debrouiller seul et une maniere de le mettre sur le meme pied d egalite que les autres enfants, et donc de ne pas le traiter comme un infirme. Ce discours la me rapppelle le film "Ray" au sujet du pianiste Ray Charles. Je me rappelle que sa mere lui avait dit de ne jamais laisser personne le traiter comme un infirme. C est ce qu il a fait et lui a permis de vivre de sa musique.

Uma, l ainee, est etrange, tres lunatique. Une seconde elle sourit, me saute dans les bras en riant pour jouer avec moi, me prend la main pour aller se baigner avec moi dans le lac. L autre seconde, elle crie, elle hurle, elle pleure, elle frappe. Il y a une Colere en cette fille agee de 7 ans seulement qui est tellement forte et puissante que je suis capable de la palper juste en etant a sa proximite. Elle ne passe pas un seul jour sans etre en larmes, tordue d une douleur etrange et invisible, heurtee de l interieur par je ne sais quelle force etrange. Et puis fquelques minutes plus tard, c est fini, la crise est passee, la colere attenuee. Elle n est pas souvent la, toujours absente, personne ne sait jamais ou elle est. Peut etre au lac en train de jouer avec les autres enfants? Peut etre chez une amie? peut etre ailleurs, toute seule?...

Sita est la plus drole. Ayant une soeur aveugle et l autre completement absente, elle se refugie dans de droles de mondes qu elle seule peut comprendre. Ayant l ambition de faire une couverture avec les poils de Sam le chat avant qu il ne soit embarque au cirque, echange avec un chien, elle voudrait devenir plus tard Professeur de Chiens. Elle adore les animaux, me parle d histoires incongrues et incensees. Je passe du temps a lui lire des bouquins, elle adore ca. Elle est tres curieuse et pose toujours mille et une questions sur tout. Why? What? How? How long? For what? Why are you going to the toilets? Why do you eat? How many potatoes have you cut? Why?... Meme ses explications, elles les commencent par une question. " You know what? Something happened... " Petite fille etrange, tres seule, qui vit dans son monde et dans sa tete, livree a elle meme.

Ce qui m a frappe le plus, c est le fait que Uma et Sita n ont pas du tout l air de se soucier de Sonya. Elles ne la regardent meme pas, ne la touchent jamais, comme si c etait quelque chose de dangereux dont il ne fallait pas trop s approcher... et pourtant, entre tous, je pense que Sonya reste encore la plus saine d esprit... pour le moment...


Mikael est encore plus lunatique que saf ille ainee. Il a des tics vigoureux au visage, il reniffle constamment, agit avec forc, a des poussees de violence qui me font peur. Par exemple, un jour, Maya faisait bouillir du lait dans une casserole. Distraite par une conversation qu elle partageait avec moi, le lait a deborde. Mikael a sauter sur Maya pour la bousculer violemment sur le cote (il est tres fort, bien que mince, et elle est toute petite, toute fine, toute fragile) juste pour s occuper lui meme du lait, comme si elle n en etait pas capable. IL perd vite patience et est tres vite agace quand je lui demande d expliquer une deuxieme fois ce qu il me demande de faire. Et une seconde plus tard, il est la, avec son sourire narquois, son rire sardonique, plutot sympathique et voulant entamer une conversation interessante avec moi, me prenant meme dans les bras en riant quand je fais une blague pour detendre l atmosphere. Un jour, nous sommes alles toute la famille a l eglise pour les promotions, la fin de l annee scolaire. Longs discours de la principale de l ecole, chants d enfant, musique, joie. C est l ete et tout le monde est content. Je jette un oeil a la famille qui doit etre fiere de voir Uma chanter devant tout le monde. Je crois le regard de Mikael et lui fais un grand sourire auquel il ne repond pas. Quelqu un qui ne repond pas a un sourire aussi franc que le mien lors d un jour de joie comme celui ci est quel qu un en qui on ne peut pas avoir confiance. Apres les chants, tous les parents et les eleves sont invites a l ecole pour prendre le cafe et manger des gateaux. On y ava. Alison est avec nous. Elle veut visiter l ecole pour se faire une idee, Maya et les enfants rentrent mais Mikael l accompagne et moi aussi. La principale de l ecole demande a Mikael un peu d aide pour ranger la salle. Il me pousse vers elle en souriant et en pensant que je pourrais le faire, moi, la petite esclave de la famille K. qui ne sert a rien a part polir des cuilleres... Voila, je bosse dans une famille gratuitement, je me fais exploiter, et quoi? je dois faire ENCORE EN PLUS le boulot des autres... Bref. Faire abstraction, rappelle toi, Vioxymore...

Maya degage un profond desespoir. Elle est adorable, toute menue, fait beaucoup de yoga (j ai dailleurs suivi 2 de ses cours, c etait super!), un petit sucre, vraiment... Elle est drole et discute volontiers de beaucoup de choses. Mais je la sens seule, tellement seule. Elle qui a quitte son pays, ses reves, pour son amour, un psychopathe bipolaire, et qui n a plus rien a part l ambition de cuisiner chaque jour pour d autres gens, coincee dans un village qui n est pas le sien... Petit sucre d orge dont l ambition fond dans l ombre de son mari... Je passe tout demem un peu de temps avec elle, tente d etre gentille avec elle en lui faisant du the, on rigole pour rien, surtout quand elle me demande ou j ai mis le mixer et qu elle utiliser des termes anglais que je ne connais pas, la resolvant a tenter d imiter le bruit pour que je puisse comprendre de quoi elle parle...

Voila le portrait de famille. Une famille de folie, d une violence silencieuse que je discerne aisement. Tous les paradoxes qui s ancrent dans ces racines, tous les details qui rendent la vie de tous les jours de plus en plus etrange... Qu est ce que cette famille a du vivre? Qu est ce qu il s est passe? Maya m a meme dit que la maison etait hantee par un fantome (que j ai d ailleurs ressenti en passant l aspirateur dans une des chambres, me croira qui voudra...). Qui me dit que ce n est pas l esprit d un worker assassine dont le corps pourrit dans le congelateur?... (oui, d accord, les films, je vais arreter...)

Au debut, arrivee dans cette famille, je commence a ne plus vraiment me sentir bien. Visiblement, je ne suis pas la bienvenue du tout. Ils exploitent des jeunes comme moi parce que ca les arrange de ne pas payer (cheap & fake people!). J entre dans une violente periode de doute ou je me demande ce qui est bien ou pas pour moi, rentrer? rester? pourquoi? aller ou? comment? Je pense meme a rentrer (quelle idee...) pour echapper a ce cul de sac. Mon reve etait d aller en Suede, au dela du Cercle Polaire. J y suis, mais je ne veux plus, je veu autre chose, mais quoi? Je le sais tres bien, mais ce desir ne depend pas seulement de moi. Je suis prete a reserver un vol pour quitter le pays et rejoindre quelqu un qui m est etrangement devenue tres chere en le space de quelques semaines.
Et puis je rencontre Itamar. Et ma vie bascule.

Itamar est hollandais, d Amsterdam. Il travaille aussi dans cette drole de famille depuis un mois environ. Il voulait y rester encore 2 mois, mais n a vraiment pas tres envie. Il me raconte comment il a vecu le premier mois, avant qu Alison et Anders arrivent. IL avait une chambre au 2eme etage (la mienne, en fait, "parce qu il ne faut pas melanger les workers et les guests", sauf que moi je peux y aller "parce que je suis une fille alors c pest aps pareil"... une contradiction de plus ou de moins, on n est plus a ca pres...), et pouvait se doucher tous les jours, mais il bouffait des graines. quand Alison est arrivee, Mikael lui a demande de  partir dans la maison rouge et de ne plus prendre de douche. Mais au moins, Itamar pouvait manger... Il n aime pas le boulot qu il fait, car il ne le fait pas avec la famille, il le fait pour la famille. Et pour lui, un travail de volontaire est avant tout un travail qui s execute ensemble. Je suis un peu sa sauveuse et il est un peu mon sauveur. On commence a passer plus de temps ensemble, cela l empeche de rester trop pres de Maya et du coup, Mikael, refoulant sa jalousie meurtriere, devient un peu plus doux avec lui aussi.

Itamar. Je l appelle mon Corrupteur, ou l homme brumeux. Ce genre de gens qu on ne pourra jamais cerner, mais qui nous cerne aisement. COmme un scanner qui passe sur moi, il met le doigt sur moult secrets que je n avais jamais vus moi meme.  La Verite blesse. Vous le saviez? J ignorais que la douleur etait si intense. La voila, ma clef, mon ultime questionnement. La reponse, il me la donne. Non, c est une pioche qu il me donne. Et seule, je creuse a l interieur de moi, encore plus profondement. Aie. Je ne sais pas si c est beau, mal, horrible ou apaisant, ce sentiment de se rencontrer encore une fois. Il devient en tres peu de temps un grand pilier dans ma vie, et vice versa. C est pas tous les jours qu on rencontre des gens qui partagent exactement tous nos ideaux.  Il me remet la tete sur les epaules, me redonne confiance, meme si au debut, je me mefiais de lui. A qui puis je faire c onfiance? Je suis seule, en plein doute dans ma vie, dans mon voyage, dans une famille de fou et je rencontre ce type qui me tend une main en souriant et en disant: "au moins, tu es la! alors aidons nous a continuer..." J ai eu le choix de lui faire confiance et m evader avec lui en regardant des films, discutant pendant des heures, riant sur la vie et son absurdite ou alors ne pas lui faire confiance, et rester dans mes doutes, mes peurs, mes angoisses, a l ombre de cette famille qui m effraie...

J ai prefere prendre le risque de lui faire confiance.

Quelques jours apres mon arrivee, il y a un Australien, Corey, qui debarque. Adorable garcon, tres timide, tres reserve, en pleine fuite dans un voyage en Europe - son reve. On se donne rendez vous chaque soir pour aller voir le soleil de minuit. "C est la qu on voit combien la vie est belle..." me dit il. Oui, c est beau... De parler de la vie avec une autre solitude qui me comprend, en regardant le soleil de minuit en Suede et brulant des moustiques. La vie est belle, soudain, c est vrai.
Oui... Voir le soleil de minuit. Juste Corey et moi. Se dire que lemonde est magnifique,. Les gens dans les boites ne peuvent meme pas s en rendre compte,. Nous, notre boite, elle aura une grande fenetre avec une vonstante vue sur ce paysage.
Corey partraage les memes magies du voyage que moi. Le fait de se retrouver a pleurer dans la solitude juste parce qu on est en vie, quelque part, loin des boites. Oui... Les boites avec tous ces bonhommes tous pareils a l interieur. Ces boites entre lesqueles je voyage seulement, esperant rencontrer d autres gens comme moi, comme lui, comme Itamar. Deux solitudes vagabondes qui se retrouvent,d eux personnes avec leur propre quete de la Verite. Quelle desillusion! La Verite objective n existe pas. Nous sommes tous porteurs d une piece du rouage de la Verite. Et notre propre piece est notre propre verite, autant subjective et relle soit elle.

Aller en Suede l ete, c est devenir serial-killer de moustiques.


On passe beaucoup de temps les trois. On devient le trio Vivi-Coco-Bob, inseparables. Au moins, on s accroche a la beaute des petites choses que de telles amities peuvent degager.


Durant mon sejour, j entre dans une profonde reflexion au sujet du Reve et de l Amour.
   Mon reve a moi, c etait ca, le Cercle Polaire. Le pourquoi je m accrochais dans la vie. Depuis 2 ans j en parlais. Depuis que j ai compris combien le voyage etait un mot qui avait les memes racine que le mot Violette. C etait comme une evidence.. Le voyage, la meilleure ecole de vie.
Le Cercle Polaire. 6 mois loin de la Suisse juste pour aller au dela du Cercle Polaire arctique en Scandinavie. Pourquoi pas un peu d exotisme? Un cocktail de fruit dans une noix de coco, dans un hamac, sous les palmiers? Non. Juste un sac a dos et le strict necessaire et mon Instinct. Un but: Le Cercle polaire. Rien d autre. Rien d organise. La preuve: je l ai loupe! Je l ai juste traverse sans meme m en rendre compte. Mais l important n est pas la. L important est d etre au dela. La bas. Ici. Ou le soleil ne se couche plus jamais. C etait ca, mon reve"! Mon reve de petite fille, mon reve de pre adolescente, mon reve d ado nevrosee qui a peur de devenir adulte. Mon petit reve a moi que je cherissais tellement dans un coin de ma tete et qui venait a la rescousse les periodes de down pour crier "t en fais pas ma belle! Un jour tu partiras!" Une fuite? Non. La realisation d un reve. Mais les reves ne sont ils pas faits pour etre reves? Maintenant, je me regarde en face, la , maintenant, tout de suite, ici. Et je regarde en arriere tout le chemin parcouru, toutes les reponses, toutes les questions, toute cette evolution, tout ce chemin parcouru pour ca. Et je regarde devant moi. Qu est ce que je vois?...
Avant, je voyais cette constante lumiere qui m attendait tout la haut, au dela de cette limite invisible. Je gardais le cap dessus en tirant des bords, mettant les voiles-
Et aujourd hui, tout cela est deja derriere. Alors ou est le but de toute ma vie? Quelle est mon ambition a present si je n ai plus ce point a atteindre a travers un long periple etant le premier long voyage que je fais seule? Quelle est ma raison de vivre maintenant? Aller a l universite? M enfermer dans une chambre pour faire du bourrage de crane? Aller vivre aux Pays Bas? Quel sera mon nouvea reve, apres le voyage? Repartir a nouveau encore plus loin, plus haut? Et cette fois, cela vaudra t il la peine que je le realise? Car une fois que je serai issee au sommet de ce nouveau reve encore plus grand, quelle sera l ambition suivante, encore plus grand pour amortir la chute?...
En fait, realiser ses reves, c est deprimant... Eternelle insatisfaction qui fait le propre de lhomme, quand tu nous tiens...

Voila, mon reve a moi, c etait ca. Le reve de certains, c est l amour. Cet amour que je n ai jamais compris, jamais appris, jamais vecu, jamais senti. Ce grand sentiment qui se construit a travers le temps et qui fait faire de si grande chose.. Si je le connaissais, mon amour, pourrais-je quitter mon reve pour lui?
Apres mure reflexion, je dirai non. Sauf si mon reve devient cet amour et cet amour devient mon reve. Mais quelle idee! Si je regarde Maya, qui a quitte ses etudes, ses eves de yoga, de voyage, pour s exiler ici, par amour, et rester coincee dans une cuisine toute la journee avec des enfants completement deranges, est ce qu elle a fait le bon choix? Le Reve.. C est la Creation. C est ce qui est au fond de nos entrailles, au fond de la tete, au fond du coeur. Toutes ces images qui nous emerveillent et preservent notre esprit d enfant. Toutes ces choses qu on voudrait faire avant de mourir et qui donnent soudain une forme a cette vie tellement abstraite et mysterieuse. L amour, finalement.. pourquoi? Quelqu un ma dit un jour: "Les hommes, les femmes, c est comme les trains: ne cours jamais a pres, il y en aura toujours plus tard." Tandis qu un reve... C est une opportunite qu il faut prendre, et celle-ci ne se presentera peut etre pas deux fois. Le reve... c est soi avant tout. Etre egocentrique, je crois que c est vital, parce que finalement, vivre pour les autres, ils s enf outent puisqu eux meme vivent pour eux meme et cest tout. Realiser mon reve m a rendue deprimee, mais finalement, mon reve n etait pas seulement voir le soleil de minuit, c etait surtout cheminer seule, avec mon sac, a travers l Europe. Traverser le Cercle Polaire, ce n etait qu une excuse, une raison de voyager... Le reve et sa realisation ne depend que de soi meme, tandis que l amour depend une seconde personne de qui on ne saura jamais les reelles pensees. Les desillusions de l amour blessent trop profondement, le reve, lui, ne decoit jamais. Car cela ne depend de soi uniquement... Alors voila. Puisque l etre humain nait seul, vit seul et meurt seul, alors autant vivre pour soi meme. Pas vrai?

La vie est comme une partition de Musique, tout est coordonne, calcule avec precision. Un temps loupe, et c est fini!

La vie est comme un orchestre. Il suffit qu un instrument ait un temps de retard et tout se bouscule., Dans la vie, il y a toujours un bon moment pour tout. Se servir de l Instinct pour etre capable de le deceler a la maniere du photographe spontane qui sait si bien saisir le bon moment de la vie et de son expression.

Eh bien, a propos de reve et de musique! Le type de l eglise du village a accepte de me donner les clefs pour que je puiss aller y jouer. C est ma plus belle escapade... Une heure par jour, j y vais. Deja, c est dans une charmante eglise, alors je suis heureuse. Et puis je m evade completement, sans partition, je m aide de mon cher ami Jin mon iPod pour tenter de reprendre Yann Tiersen. Le voila, mon autre reve qui revient, ce reve que javais eu l idee de laisser se briser a cause de celui d un autre.

A junosuando, tout le monde se dit bonjour.

Le temps passe. Les souvenirs restent. Emberlificotee dans la douceur du rien. J attends. Et puis je dors d ennui. La vie est trop longue. Tellement longue! Et bien des choix sont possibles. C est tellement beau d etre jeune. Tu as tous les pinceaux et les couleurs que tu veux a ta disposition pour peindre le tableau de ta vie. Plus tu avances dans la realisation de ta peinture, moins tu as de choix de couleurs si tu veux rester dans une oeuvre plus ou moins harmonieuse. Change de tons! Tu verras ta vie basculer. Mais n oublie pas que tu peinds a  l huile. Si tu attends trop longtemps, tu pourras plus rien changer... tu devras juste accepter.

Reflexion autour du Paradoxe. Tout provient du doute que fait emerger le perfectionnisme: je veux vhoisi le meilleur chemin entre ces deux mais ils ont tous les deux des avantages. Je voudrais les prendre les deux pour les avoir = paradoxal. Je voudrais donc le beurre et l argent du beurre, le Noir et l Blanc.  Ce qu il faut,c est chercher une troisieme alternative qui combine le Blanc et le Noir, une alternative Grise.

S accrocher a soi meme. Voila la seule solution pour vivre. Et le Reve est la Creation de sa propre Racine. Devenu une raison de vivre, il rend possible l impossible. Car meme s il se casse la figure, il y aura toujours cette conviction qui demeurera.

Un soir, Coco, Ita et moi allons au pub d en face. Glauque, y a rien n y personne, mais nous riions beaucoup en rencontrant une gross bonne femme blonde qui nous fait croire que dire sante en suedois c est hurler NOH! en levant son verre. On joue aux flechettes avec un cow boy et un ptit gugus pathetique qui met sa main sur la cible avant que Coco ne lance la flechette... Une fille completement ivre est tombee par terre, Itamar a du aller au secours du ptit gugus pathetique pour la soulever tellement elle pesait des milliers de tonnes. Le cow boy s est juste contente de les regarder se battre avec cette montagne inerte pour la mettre dans la voiture. Soiree vraiment abusrde... et vraiment anodine...

Finalement, mon sejour touche a sa fin. Avec ses larmes, avec ses rires, ses bons souvenirs et ses moins bons, ses reponses, ses questions nouvelles. Tout ca, toutes ces rencontres, toute cette vie...

Et tout ce voyage qui continue...


Pour lire la suite, cliquez sur "   afficher les messages plus anciens"

samedi

* 27th stop : GALLiVÄRE . [ 22-240611 ]

" Ce qui nous construit réellement, c'est ce qu'on ne choisit pas de vivre. "
 Amarit le Corrupteur.


   En quittant cette famille de fous à la station de bus, avec Corey qui avait les larmes aux yeux et Itamar qui tentait de me faire sourire sans que je ne puisse savoir d’où il puisait sa force pour cela, j’ai soudain eu envie qu’ils trouvent tous le moyen de me faire rester. Dans le bus, j’ai longuement pleuré, sans savoir comment m’arrêter. Mes émotions étaient comme brassées, secouées, bouillonnantes et débordantes. Une casserole de lait qui bout trop longtemps et qui déborde.

   Je change à Kiruna. Je descends du bus et me dirige vers la gare pour prendre un train. Il pleut. Exactement comme la dernière fois que j’étais ici.

   Après des heures de voyage, j’arrive à Gällivare. L’auberge Stay in est juste en face de la gare, dans un immeuble carré, en briques rouges. Je trouve la clef de ma chambre dans une boîte aux lettres à l’entrée car il n’y a pas de réception. J’ai une double chambre privée, mais il n’y a personne d’autre. C’est très propre, très grand sur plusieurs étages. Je m’y perds un peu, mais on s’y fait.

   Aitik, Boliden copper mine. Je voulais aller voir la mine de fer, mais elle est fermée pour cause d’incendie. À la place et pour le même prix, il est possible d’aller voir la mine de cuivre. Je me rends sur le lieu de rendez-vous. Une petite bonne femme toute maigre débarque avec son petit bus. C’est la guide. Nous ne sommes pas beaucoup de touristes, mais je peux garantir être la plus jeune, à cause du fait que je suis la seule à ne pas avoir de cheveux blancs. La guide nous emmène d’abord au musée LKAB, le musée sur la compagnie qui exploite les mines de fer à Kiruna et Gällivare. C’est intéressant, il y a exposés des pierres précieuses, du  matériel qu’ils utilisaient à l’époque, un petit film est montré. On reprend le bus pour aller à la mine de cuivre. Elle est gigantesque. En tout, elle mesure 28 km2, mais le trou d’extraction est large d’un kilomètre, long de trois, pour une profondeur de 420 mètres. Ils veulent d’ailleurs atteindre 600 mètres. La mine a été découverte dans les années 30’, mais c’est en 1964 qu’ils ont eu les moyens de l’exploiter. D’après les statistiques, ses richesses pourraient être utilisées jusqu’en 2029. Le principal métal exploité est le cuivre, bien qu’ils y ait aussi des ressources d’or et d’argent.  Le cuivre est utilisé dans tout le pays pour la construction d’engins qui forment la modernité du monde actuel. Avec le bus et la drôle de guide, nous descendons dans la mine. C’est comme entrer dans la cage d’animaux dangereux dans un zoo. Les machines qui se meuvent autour de nous sont d’une hauteur et puissance impressionnantes. Elles travaillent les pierres pour les réduire en plus petits morceaux et les transporter plus loin avec d’autres camions gigantesques pesant environ 500 tonnes une fois remplis, pour encore les réduire en plus petites pièces. Une fois par semaine, une explosion détonne pour briser la pierre. Tous les jours, la mine est exploitée. Même quand il pleut.

   Gällivare Kyrka. Jolie petite église en bois construite en 1882 car l’autre église sami au bord de la rivière Vassara était devenue trop petite pour accueillir la population accrue de la ville.

   Le dernier soir ici, je marche un peu. Je traverse un pont qui enjambe les voies de chemin de fer. Ici, les maisons sont si proches de la nature que la circulation de la ville ne se fait presque plus entendre. Les maisons en linteaux rouges ou blancs semblent me regarder avec leurs fenêtres, silencieuses comme quelqu’un qui attend, inquiétantes comme l’habitation d’un fantôme.

   Juste éteindre mon cerveau. Prendre une profonde respiration. Regarder la vie. La sentir. La frémir. Oui… Être. Juste être. Plus rien ne compte ensuite. Non.
   Respirer l'air de cette ville d'un rouge ferreux.

   Depuis que j’ai quitté Junosuando, l’appétit me manque gravement. J’ai peut-être pris cette habitude de ne manger que des graines. Je n’ai pas envie d’aller me coucher. Je vais prendre un verre dans le Grand Hotel Lapland à côté de Stay In. Un cocktail Black Russian. Qui me monte très vite à la tête. La tête me part, mes idées s’embrouillent. Peut-être devrais-je retourner à Junosuando. Peut-être pas.
   Je vais sur l’ordinateur pour voir les connections pour le lendemain direction le Nord, encore. Le site ne fonctionne pas.
   En voyageant, j’ai appris à faire confiance aux signes que m’envoie la vie.

   Et puis, le vent tourne, je pars déjà. Au Sud, cette fois.

vendredi

* 28th stop : JOKKMOKK . [ 24-260611 ] .

" Ne fais jamais rien que tu pourrais regretter. "
Amarit le Corrupteur.

   Je me lève. Je vais un peu mieux. Pourquoi cette petite déprime me harcèle tant ? Pourquoi la sens-je grandir dans ma poitrine et me brûler ?
   Je pars en laissant la clef dans la chambre. Je prends le bus. Une heure et quart de trajet et de musique. Le bus est à deux étages. Je monte au second et me place à l’avant. Ça me rappelle Londres et les sightseeings presque gratuits dans les bus rouges à deux étages. D’un côté de la route, il y a des sapins. De l’autre, des feuillus dénudés aux troncs si fins que certains se sont brisés par le vent. Des boules de coton gigantesques dans le ciel prennent lentement la forme de dieux guerriers protecteurs. Ils se rangent aux côtés de l’astre flamboyant qui se reflète dans les lacs. Magnifique Laponie déserte. Parfois, des maisons délabrées et des voitures cassées heurtent la douceur tranquille du paysage. Deux petits élans s’égarent sur la route et s’enfuient à temps…

   J’arrive dans le  petit village de Jokkmokk. Aujourd’hui, c’est Middsommer fest, la fête qui célèbre l’arrivée de l’été. Je marche jusqu’à l’auberge STF Vandrarhem Jokkmokk. La réception est fermée. Mais je sympathise avec un couple et leur bébé pour qu’ils ouvrent la porte et me laisse au moins poser mon sac à dos dans l’entrée. J’accroche dessus un billet pour la réceptionniste, mentionnant que je reviendrai à 17h pour le check-in.

   Je marche dans les ruelles. Au loin, une église. Je m’approche. Elle est ouverte. Magnifique, richement décorée de peintures. Il y a un piano – mais personne d’autre que moi. Je joue un moment, histoire de me rendre plus heureuse.

   Je trouve l’office de tourisme et j’achète un certificat qui prouve que j’ai passé le cercle Polaire. Ridicule, c’est vrai. Mais ma fois, on ne se refait pas. Je me ballade encore un peu dans les rues et je tombe sur un petit magasin d’artisanat sami. En vozant Jack, les vendeuses éclatent de rire. Malheureusement, elles ne parlent pas très bien anglais. Mais ce n’est pas grave, le rire est un langage international. En partant, la femme qui parlait le mieux anglais m’a dit : « I will remember you for ever. »

   N’est-il pas fou de rencontrer quelques minutes des gens dont on ne sait rien et de les marquer pour pas grand chose ?

   Café Opera. Bistrot pub un peu glauque. Je prends une assiette « spécialité suédoise ». des œufs, des betteraves rouges et des patates… C’est toujours mieux que des graines, on dira… Je réalise qu’il y a de la viande dans les patates alors que j’avais demandé quelque chose de végétarien. J’imagine un instant tout de même manger cette assiette, mais mon appétit prend soudain ses jambes à son cou. Je demande à changer. Le gars est sympa. A la place, il me prépare d’autres patates à la poêle avec des champignons, des poivrons, des oignons et des ananas en boîte. En fait, en réfléchissant, c’était l’assaisonnement de ce qu’ils appellent la pizza mexicaine, la seule végétarienne du menu… Très suédois, comme repas, en effet…

   Sámi Museum. Musée incroyable sur la population sámi. Les sámis se sont appelés comme cela car le terme « lapons » était très péjoratif. Le musée est long, complet, passionnant. Il y a de la documentation en français. J’en apprends beaucoup sur cette culture animiste fascinante qui reste là malgré le temps et l’évolution si rapide de la planète. Ils sont originairement nomades, vivent dans des tipis en bois et peaux, vivent de pêche, de chasse et construisent tous leurs vêtements et ustensiles eux-mêmes. Ceux qui se sont sédentarisés, il y a environ 300 ans, se sont appelés colons.
   Le musée est divisé en plusieurs salles disposées autour d’un cercle qui les met en connexion. Ce cercle symbolise les parcs à rennes. Sont exposés de la documentation sur leurs manières de chasser, pêcher, se vêtir (chaque vêtement et couleur ont un code spécifique !), faire de l’art, leur habitation, leurs croyances… D’après eux, l’humain a été créé par Máttaráhttje et Máttaráhkká. Ils font beaucoup d’offrandes aux divers dieux et vénèrent les ours. Chaque groupe sámi a un shaman qui se sert d’un tambour magique et gravé de symboles sámis pour entrer en communication avec l’au-delà et pour prédire l’avenir. La plupart de ces tambours ont été détruits après l’imposition de la christianisation qui a débuté au XIème siècle.
   Je suis complètement fascinée… Un peu comme si, dans une autre vie, c’était moi, ces sámis nomades qui vivent avec ce qu’ils ont.

   L’auberge STF Vandrarhjem Jokkmokk est merveilleuse. Elle est divisée en deux bâtiment dans un coin de forêt : celui avec la réception et des chambres, l’autre avec uniquement des dortoirs propres, salle de bain spacieuses et cuisine. La réceptionniste, une petite femme un peu grosse mais toujours souriante, est très gentille. J’ai un lit dans un dortoir de six. J’y rencontre une Suédoise qui est partie de Kiruna pour aller jusqu’à Umeå en vélo. Je la trouve vraiment courageuse… A Gällivare, elle avait rencontré un vieil homme qui avait voyagé jusqu’à Rome en vélo. Il lui a donné une documentation qui retrace son périple. Elle me le montre car il y a des photos de son passage en Suisse.

   Le soir arrive. Aujourd’hui, c’est officiellement l’été. Je marche dans les rues pour quitter le village et m’engager dans la nature. Avant d’entrer dans le bois, je vois un homme et une femme en sortir, le visage fermé, portant une pelle et un gros sac poubelle noir. Ai-je des raisons d’avoir une temps d’hésitation avant de pénétrer dans le bois ?...
   J’ai toujours pris des risques durant ce voyage, ce n’est pas maintenant que cela finira. Et puis, il faudrait que j’arrête de regarder des séries télévisées. Ça rend parano… Je m’engage sur le petit chemin très raide et pas très droit qui serpente dans la forêt calme, tranquille, silencieuse. Après trente minutes de marche dans ce reposant calme, j’arrive au bout, à l’OpenKafé qui est paradoxalement… fermé. Le barman, Ben, est encore là, il fume sa clope et boit sa bière, ses écouteurs dans les oreilles. Il a un air ravagé, comme s’il avait été comprimé trop longtemps dans un concentré  de solitude en boîte de conserve. Il m’offre un coca, puisque le bar est fermé. Et il me parle. Il n’est pas tellement cohérent. Il me raconte qu’il est écossais et que le monde, il l’a vu sous plusieurs angles, il a beaucoup voyagé. Il me parle d’un séjour en Suisse qu’il avait fait il y a longtemps, dans les années 80’. « I’m old, now. Probably twice your age ! » Et pourtant, il ne les fait pas. Il me fait penser à Itamar. Ce genre de gens qui ont vécu tellement de choses en silence.
   La vue sur tout le village de Jokkmokk est superbe. J’y reste un moment. Histoire d’écrire un peu, de réfléchir, aussi, pendant que Ben s’enferme dans son ivresse musicale. Je le remercie pour le coca. Il me serre la main et plonge ses yeux troublants dans les miens en disant : « Take care, hein ? » Ces mots ont sonné comme une demande de promesse. Je suis troublée.
   Je redescends à pied. La Suède est tellement belle… Je rentre à l’auberge pour tenter de dormir.

   La Suède… Je me rappelle quand j’avais onze ans, ma prof m’en avait parlé très vaguement, de ce soleil qui, en été, ne se couche jamais. Depuis, cette idée m’a toujours intriguée.
   La Suède… Un an plus tard, je débarque à Orbe au Cycle de Transition et je rencontre Dora, cette amie vagabonde avec qui j’avais fait un exposé sur la Suède. Pourquoi ce choix ? Je l’ignore. C’est généralement le genre de travail à domicile ennuyeux que nous exige l’école. Et pourtant, toutes les deux nous nous étions trouvées fascinées. Je me rappelle les heures que nous avions passées sur Internet pour avoir des recettes de pâtisseries typiques, à IKEA pour choisir avec soin une boîte de Pepperkakor, se demandant quel goût peuvent avoir ces drôles de gâteaux verts, notre rêve d’aller passer une nuit dans l’hôtel de glace de Jukkasjärvi (t’en fais pas Dora, pour ça, je t’attendrai toujours)… Un petit rêve qui est né à l’intéeirud e moi. Surtout, cet espoir : un jour, j’irai là-bas.
   La Suède… Rien que le nom me fait rêver. Personne ne comprend. Les gens de mon âge veulent du soleil, du chaud, de la mer et des palmiers. Alors qu’est-ce qui cloche chez moi pour avoir été tant attirée par ce froid, cette glace, ces moustiques, ces lumières nordiques, si particulières ? En grandissant, ma saison préférée a viré de l’été à la fin de l’automne, quand l’hiver commence à jeter son voile glacial sur les villes. J’aime le froid, les gros blousons confortables, la neige. J’aime boire un chocolat chaud au coin de la cheminée en lisant un livre. J’aime m’imaginer dans une maison en linteaux rouges, près d’une forêt et d’un lac gelé, en Suède, pour écrire, écrire et écrire, regardant par la fenêtre les troupeaux de rennes.
   La Suède… Un pays qu’on ne connaît pas vraiment. Et pourtant, quand je vois tous les pays européens en décadence, en ce moment, je me dis qu’il est le plus prospère d’entre eux.
   La Suède… C’est il y a deux ans que j’ai eu le déclic. Cette année de révélations qui m’a ouvert les yeux sur tant de choses. Surtout grâce à ce Hasard que j’appelle Instinct et qui a guidé mes pas jusqu’à la bibliothèque au bon moment : le moment ou le premier tome de Millénium, « Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », trônait fièrement et seulement sur l’étagère. La fourre m’a intriguée : de rouge et de noir, les couleurs du théâtre. Et puis soudain, je me suis rappelée de cet individu à la caisse de Payot qui brandissait au vendeur la trilogie complète en hurlant que c’était de loin les meilleurs romans qu’il n’avait jamais lus. Je m’ennuyais au gymnase, alors cet hiver-là j’ai loué le premier tome. Les deux suivants n’ont pas fait long feu. Et pour la première fois de ma vie, je ne me suis pas simplement arrêtée au monde imaginaire créé quand le livre s’ouvre. J’y ai plongé toute entière et j’ai fait de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander mes meilleurs amis. C’était très étrange… En cours, je n’attendais qu’une seule chose : avoir un moment – une heure perdue, cinq minutes, toute une nuit ou la récréation – peu importe ! Juste un moment… Pour pouvoir continuer ma folle lecture. Un peu comme une vie parallèle où je devenais la vadrouilleuse collègue des deux protagonistes et leurs acolytes, combattant contre la conspiration et luttant pour le droit des femmes. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin… Et le jour où je lus l’ultime phrase de la saga, je sombrai dans une mélancolie qui ne me quitta jamais. Il y a bien des choses que j’ai comprises en lisant ces livres. Et oui, aller en Suède, cette idée, ce rêve est apparu plus clairement encore que jamais.
   La Suède… une évidence ! Je me revois quand j’étais petite, à IKEA, me noyant dans une marée de peluches en mangeant des hot dog à 1 CHF, rêvant d’aménager moi-même mon appartement en comprenant les noms nordiques donnés aux meubles.
   La Suède… J’y suis, à présent. Je suis en elle. Au Nord. Tout en Nord. Et je la vis, la ressens, la vois. Là où je suis à présent, tout est calme, reposant. J’y rencontre quelque chose dont j’aurai toujours besoin : le calme, la sérénité et la nature. Cette nature que j’aime écouter pour obtenir des réponses.

   Buffe Träde. Restaurant pseudo-classe qui sert un buffet à midi. La machine à café est cassée alors je me rattrape sur le café traditionnel suédois… J’avoue qu’au niveau culinaire, la Suède a encore quelques efforts à faire… Je prends le café avec une petite pâtisserie au chocolat, comme un des gâteaux qu’Itamar et Corey m’avaient offert. Juste histoire de me rappeler d’eux encore un peu. Il fait beau, je mange dehors, il y a un petit vent agréable. Je sors tranquillement de ma torpeur.

   J’ai oublié de mettre de la crème solaire, alors je retourne à l’auberge. La vie est bien faite ! Avant de ressortir, je tombe sur un panneau qui me dit que l’aubergiste loue des vélos. Sauf que la réception est fermée à ce moment-là. Par chance, je découvre l’aubergiste affalée sur son tracteur pour tondre le gazon, toujours avec son sourire, sa longue queue de cheval qui se fait secouer. Je l’arrête, elle me donne la clef du vélo, je repars. Ça sent bon l’herbe coupée, c’est officiellement l’été. Je suis contente ! Je fais deux ou trois achats pour me faire un petit pic-nic et me préparer pour ma petite expédition en vélo. Et je tombe sur Ben qui profitait d’un temps de répits pour acheter de la bière !

   Je me trouve au point avec mes provisions, mon vélo, mes lunettes et mon chapeau. C’est parti ! Je prends la route E 45 (la seule à vrai dire…) pendant une demi heure. Les paysages qui défilent si proches de moi sont d’une telle beauté que je prends le temps de les regarder, les admirer, les photographier. Un écureuil qui traverse la route. Des oiseaux qui chantent dans les arbres. Quelques rares voitures et camping-cars. Parfois des motards qui me dépassent bruyamment. Est-ce que l’un d’eux est une femme ? Serait-ce Lisbeth Salander ?...
   Et puis, j’arrive enfin.
   Après 10 kilomètres. Je me retrouve sur la limite exacte du Cercle Polaire Arctique, matérialisé par une petite boutique de souvenirs et une ligne en pierres blanches. Je rencontre des touristes hollandais qui me parlent. Ils sont venus en voiture jusque là et vont poursuivre leur route jusqu’au Cap Nord. Je mange mon petit pic-nic et je visite la petite boutique de souvenirs. La vendeuse est super drôle ! Je lui demande si les bracelets anti-moustiques sont très efficace, elle lève les yeux, me regarde et m’avoue que la veille, elle l’a utilisé mais que ce bracelet attirait plus les moustiques qu’il ne les éloignait. Elle avoue ne pas être une très bonne vendeuse. Je prends un café immonde et une de ces délicieuses pâtisseries vertes et brunes en forme de cylindre. Elle m’explique que ce gâteau a trois noms. L’officiel est Punschrulle, car il est fait à base d’un alcool suédois appelé punsch, fait d’arak, d’eau, de sucre et autres parfums. Le deuxième nom est Filmrulle, faisant référence aux bobines de film des appareils photos argentiques (voilà pourquoi j’aime cette pâtisserie…). Le dernier nom est Dammsugare, qui signifie aspirateur, à cause de la forme... Quels comiques, ces Suédois !

   Je suis au bord d’un lac bordé de forêts à la limite du cercle polaire. C’est beau et silencieux. J’apprécie le paysage serein. Dans l’extrême solitude face à moi-même. Je pense.

   Le voyage ne se fait pas, il se vit.

   Je reste environ deux heures dans ce magique endroit, aux confins de ma propre solitude authentique. Je me sens enfin bien. Et je réfléchis. Une pluie de réponses me tombent dessus. Je les récoltent et les figent sur le papier. Il y a bien des choses que j’aurais dû partager avec mon Corrupteur, encore, je crois.
   Je rentre plus rapidement que je suis venue. Ça fait du bien, vraiment. À l’auberge, j’écris encore, au calme, dans le jardin. Au loin, des voix qui se font porter par le vent. Aujourd’hui, c’est l’été. L’été pour de vrai.


   Jokkmokk est un village très sympa que j’ai eu du plaisir à visiter. Village important pour les sámi, surtout à partir de 1605 car une des cinq églises sámi, lieu de retrouvailles des nomades, était construite près du lac Talvatissjón, à Jokkmokk. Village que je vois un peu jaune, d’une douceur tranquille où la nature flirte avec la civilisation tranquille.

   Et puis le vent tourne. Encore une fois. Je prends mes affaires. Et je pars toujours au Sud.